L’Histoire

Parking Longchamp : histoire d’un désastre annoncé

Les faits : Le 6 août 2008, la Ville de Marseille a accordé un permis de construire pour un parking de 600 places à la société QPark dans le site classé du jardin Longchamp.
L’affichage sur le terrain a été réalisé le 21 août. A ce jour, 1er octobre les plans ne sont toujours pas accessibles au public. Les délais de recours sont ouverts.

Repères chronologiques :
Le jardin Zoologique a fermé en tant que tel  en 1985 : 7 ha de terrain se libéraient ainsi en plein centre ville et ne pouvaient que susciter les convoitises.

En 1993, M Vigouroux étant Maire de Marseille la Ville envisage de créer à l’intérieur du jardin une aire de stationnement pour les véhicules municipaux. Beaucoup d’élus s’en indignent et parlent de « blessure irréparable dans cet ilot de verdure qu’est le jardin Zoologique ». Peine perdue, l’aqueduc est grillagé et un parking est créé entre l’aqueduc et l’impasse Ricard Digne. Une autre partie du jardin est aliénée pour abriter des véhicules du nettoiement place Louis Rafer. Un autre parking, toujours à usage privé pour les municipaux accueille une centaine de voitures au bas du bd du Jardin Zoologique. C’est donc déjà, dès 1994, plus de deux cents places de parking privé créées dans le jardin en prenant sur l’espace public, et les riverains commencent à s’en inquiéter

En 1995
Les élections approchent et les inquiétudes des riverains et usagers de Longchamp s’expriment. Mr Gaudin et Muselier axent alors leur campagne électorale sur la protection et la mise en valeur de ce site « remarquable » et ils affirment dans leur programme : «  ce parc est l’unique poumon vert des arrondissements du 3ème secteur et les Marseillais sont très attachés à sa sauvegarde. Nous proposerons sa réinscription en zone verte lors de la prochaine révision du POS et ferons tout pour que ce site devienne le lieu de rencontre privilégié des habitants ».

En 1998 et 1999 le Palais Longchamp et les jardins sont classés aux Monuments Historiques, l’aqueduc est inscrit.

En 2000, la révision du POS est en route. Surprise pour les riverains de Longchamp : malgré les promesses réitérées des élus l’Espace Boisé Classé ne couvre pas l’étendue du jardin. Bizarrement la parcelle 33 section A des Cinq Avenues, à l’angle de Cassini et du BD du Jardin Zoologique se trouve en dehors de l’EBC. Interpelé à ce sujet, M Muselier répond par courrier en date du 22 juin 2000 : « je vous confirme que je demande à nouveau à M Vallette, Adjoint au Maire, de classer l’ensemble de ce site en zone EBC afin de répondre aux engagements pris ultérieurement. Je ne manquerai pas de vous tenir informé du suivi de cette demande légitime.

Cette promesse comme les précédents ne sera suivie d’aucun effet.

Précisons toutefois que cette parcelle bien qu’en limite d’EBC, se trouve dans un site classé. Précisons aussi, que sur les planches du POS apparait une « réservation » pour construire un parking, en bas du bd du Jardin Zoologique, près de la bouche de métro.

Le 10 octobre 2000 : présentation du projet Grand Longchamp  en Mairie du 3ème secteur, en présence de M Gilles, maire de secteur, M Mangion, Directeur des Affaires Culturelles, M Luccioni (Adjoint aux Monuments Historiques, Mme Lota Adjointe à l’éducation, M Botey, Adjoint à la Culture.
Monsieur Mangion est formel : « il n’y aucun bâtiment dans le jardin »
M Luccioni annonce : » nous allons étendre  l’EBC »
M Gille promet : « un parking de 300 places sous la Police des Parcs conformément à la réservation du POS, et le classement de la totalité du jardin en EBC. »

Le 18 février 2002 : nouvelle présentation du projet Grand Longchamp (revu à la baisse).
M Gaudin annonce : « en 2004/2005 un parking de proximité de 360 places verra le jour sur un emplacement réservé le long du bd du Jardin Zoologique. D’autres parcs de stationnement sont prévus mais certains doivent subir une procédure de déclassement de certaines parcelles dans le cadre de la révision du POS/PLU ».

Sur les plans présentés au public ce jour là, apparaissent 4 projets de parkings : 2 bd du jardin Zoologique, 1 sous l’Observatoire, 1 bd de Montricher. Par courrier en date du 11 février Mme Servant Adjointe aux permis de construire, confirme la réservation d’un terrain au bas du bd du Jardin Zoologique.

Le 15 décembre 2003, le Conseil Municipal (rapport 247) vote les études de faisabilité pour la réalisation de 3 ou 4 aires de stationnement. En rappelant dans le même rapport : « par délibération n° 02/447/CESS du 11 mars 2002, le Conseil Municipal approuvait le préprogramme général des opérations du Grand Longchamp prévoyant notamment la réalisation de 3 ou 4 aires de stationnement selon les besoins du site et des quartiers périphériques. Est approuvée une autorisation de programme de 60.000 € concernant les études de faisabilité des sites de stationnement du Grand Longchamp, dont les crédits de paiement sont prévus en totalité en 2004.

Les riverains d’accords sur le principe, demandent à être consultés sur l’avancée des dossiers.

Le 18 novembre 2003
Réunion publique d’information en mairie du 3ème secteur en présence de M Gilles, M Berger représentant M Gaudin, M Luccioni, Mme Caradec nouvelle adjointe aux espaces verts, et Mme Odile Blanc, chef de projet.

Interrogée sur les parkings qui devraient déjà être sinon achevés, du moins en chantier, Mme Blanc « rappelle la difficulté de proposer l’implantation de nouveaux parkings alors que le PDU (plan de déplacement urbain) s’oriente vers une forte limitation des véhicules en centre ville. »

En bref, les projets de parkings sont abandonnés…

M Gilles annonce une prochaine réunion d’information publique au 1er trimestre 2004

Février 2007, la réunion d’information promise se fait toujours attendre mais on apprend qu’en novembre 2006 la société QPark a déposé une demande de permis de construire pour un parking de 626 places à l’angle du bd Cassini et du bd du Jardin Zoologique, sur la fameuse parcelle 33.

Or, si l’on reprend le rapport  n° 57 au  Conseil Municipal du 26 avril 1999 on peut lire : la Ville de Marseille sollicite et accepte le classement au titre des Monuments historiques des jardins et du réseau hydraulique du Palais Longchamp à savoir les parties suivantes : sol des parcelles n° 35,65, 33 et 31, … figurant au cadastre section A des Cinq Avenues.

Voici donc une parcelle qui est classée ou non en fonction des fantaisies des élus. Rappelons que bien qu’exclue de l’EBC la parcelle 33  se trouve dans un site classé et située dans un périmètre protégé de 500 m autour d’un Monument Historique. C’est à dire que aucun bâtiment, aucune destruction  ne peut se faire sans l’autorisation préalable d’un certain nombre de services : DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles), Architecte des Bâtiments de France, Ministère de la Culture, Direction des Bâtiments Communaux…

La suite vous la connaissez : le permis est accordé le 6 août 2008 (la Ville a entretemps refilé le bébé à la Communauté Urbaine) avec la bénédiction de tous les services concernés dont on aurait pu naïvement penser que leur vocation était de protéger le site. Je cite en vrac : Monsieur l’Architecte des Bâtiments de France, la  Direction Régionale des Affaires Culturelles, le Ministère de la Culture, les Monuments Historiques, la Direction de l’Architecture et des Bâtiments Communaux, la Direction des Affaires Culturelles (qui en 2000 affirmait qu’il n’y aurait jamais de bâtiment dans le jardin) les responsables de la Mission Grand Longchamp (dont c’est à ce jour, malgré les millions d’euros dépensés, la seul projet et qui, rappelons le, il y a seulement cinq ans trouvaient ledit projet inacceptable. Les élus de secteur quant à eux, nient avoir jamais rien promis et prétendent que ce projet de 600 places à cet endroit a fait l’objet d’un large consensus de la part des riverains, usagers, associations et commerçants (rappelons au passage que la président de l’association des commerçants est aussi, comme par hasard, une élue de la mairie de secteur)

Ce petit mémoire n’est qu’un bref  résumé de la situation telle qu’elle a évolué depuis 10 ans.. Pour ceux qui voudraient de plus amples renseignements, posez vos questions sur sos.longchamp@voila.fr.

Il va sans dire que je possède les originaux des textes et courriers cités et que les déclarations d’élus qui sont reproduites ici sont de première main, les réunions ayant de toute façon  toujours été publiques… à l’époque où il y avait des réunions.